Octobre 2004

 

PARISIENNES

 

Par David Benaym

Photo Roger Moenks/Laurent Alfieri

 

 

 

 

 

Très privilégiées, elles auraient pu se contenter d’une vie dorée. A la lisière de la jet set, les « socialites» parisienne préfèrent donner un autre sens à leur existence, imitant en cela les new yorkaises. Outre Atlantique, les « socialites » constituent une race à part, dont la presse traque les moindres faits et gestes. En quoi les « socialite » se distinguent t’elles des jet setteuses et des mondaines d’antan ? Les paillettes des soirées ne leur suffisent pas, elles mènent en outre une activité professionnelle trépidante et leur vie mondaine sert autant leur carrière que leurs envies de s’étourdir. « Rien n’est jamais acquis », telle est la devise de ces  jeunes femmes, aussi actives le jour que la nuit. Loin de se satisfaire de leur héritage, souvent confortable, elles veulent avant tout réussir  par elles mêmes. Comme ces enfants d’acteurs qui doivent se faire un prénom, elles se forgent une personnalité propre, loin des idées reçues sur la bourgeoisie traditionnelle.

 

Elles martèlent gentiment que l’argent n’est pas tout. Leurs priorités sont ailleurs . Le monde des arts les fascine, mais on les remarque aussi beaucoup  dans les univers de la communication et de la mode. Défilés de mode, avant premières, œuvres de charité, elles aiment  allier interet,  plaisirs et passion. Elles sont en permanence à l’affût de nouveaux clients, nouveaux contacts, nouvelles têtes. Paris, St Tropez, Stadt, Londres ou New York, rien n’est assez loin pour assouvir leurs envies de découverte, et leurs envies de conquête. Privilégiées, elle le savent et l’acceptent, et c’est la clef de leur succès.

 

La curiosité est un art, entretenir ses relations un talent.  En permanence, elles sont sur la brèche pour rebondir sur l’opportunité du moment. Elles ont eu une chance d’être remarquées par un magazine people lors d’un soirée et depuis, elles surfent sur cette mini célébrité.  Alejandra di Andia, la plus latine de toutes, sait que « ce n’est que passager ».  Cette petite notoriété leur permet toutefois de mener plus facilement certains projets, d’ouvrir davantage de portes, et de conquérir leur autonomie. Cordélia Lanvin, tout juste 23 ans, déjà mère de deux enfants, fait preuve d’une maturité étonnante pour son age: « Je ne me serais jamais épanouie si je dépensais  de l’argent que je n’ai pas gagné ». En épicurienne ambitieuse, elle   jongle avec grâce entre ses activités de stylisme, ses enfants et  sa vie  sociale. Elle incarne parfaitement cette nouvelle génération d’amazones . 

 

 

Alejandra di Andia, l’enfant sauvage de la haute couture

 

 

Les grands espaces ont bercé l’enfance d’Alejandra di Andia. C’est sur les terres d’une hacienda chilienne que l’enfant sauvage a forgé son caractère. Née d’un mariage de passion entre une écossaise et un chilien joueur professionnel de polo, elle grandi dans un environnement choyé avant que la situation politique à Santiago ne se dégrade. Son physique est a l’image de ses racines, petite Britannique l’hiver, pale de peau et cheveux tirés, elle se transforme étonnement en bomba latina bronzée et bouclée, sous les effets du soleil et de la mer.

Alejandra s’évade. D’abord dans la tête, puis a travers ses différentes escapades de par le monde. Très vite elle devient un modèle : « maman nous habillait ma sœur et moi comme des poupées. Parfois déguisées en Laura Ingles de la petite maison dans la prairie, parfois en Laura Ashley, nous étions ses muses.

Trilingue,  vive et extrêmement sociable, la ravissante chilienne a tout pour réussir. Elle étudie à la chambre syndicale de la couture puis intègre la maison Torrente pour un an avant de rejoindre différentes maisons moins connues pour s’initier au marketing . « J’ai toujours eu l’objectif de créer ma propre ligne, mais comme rien ne remplace l’expérience, j’ai été patiente, observant et écoutant , comme une éponge qui absorbe tout. » Depuis, Alejandra offre du sur mesure à ses clientes. Du sur mesure  très personnalisé. Entre respect des traditions et utilisation de nouvelles matières.

Si elle sort beaucoup à Paris, Stadt et St Tropez, Alejandra est aussi une nomade dans l’âme. » Apres avoir participé au Rallye des Gazelles, elle a décidé de continuer à barouder le désert au profit d’associations caritatives. Prochaine étape, un défilé de sa marque au Chili, le premier du genre, au profit d’Alter ego, une œuvre dédiée aux enfants en difficulté. Un nouveau tournant qui repasse sans surprisepar la case départ.

 

Arabelle Reille-Mahdavi, de la Russie à la rue Louise Weiss

 

 

 

« J’aime le macadam, le bruit et l’énergie de la ville.» Urbaine. C’est ainsi qu’Arabelle Reille-Mahdavi , galeriste en vue, aime se définir. Issue de la bourgeoisie d’Empire, elle a pris ses distances avec les traditions familiales, préférant cultiver l’art des autres. Très jeune entrepreneuse, elle entame sa carrière professionnelle dans le sentier . « Pour apprendre le commerce, c’est la meilleure école, féroce, mais amusante ». Puis c’est avec la Russie qu’elle s’initie au monde du luxe au coté de sa sœur en véritable femme de terrain et de contact. Après avoir rencontré son mari,  Arabelle, entre deux bebes,  reprend des études tardives pour assouvir sa vraie passion : l’histoire de l’art. Chez  Christies éducation puis au sein de l’Ecole du Louvres, elle développe ses connaissances afin de devenir marchande d’art. Elle intègre depuis la rentrée la galerie d’Emmanuel Perrotin. Elle aime partager ce qui se cache derrière chaque toile. « Entre Picasso, Marcel Duchamp ou Kandinsky, je ne peux pas choisir mon préféré. L’art ne serait juste pas le même sans ces talents ». Elle peut parler des heures de l’histoire de l’art, et de ses héros, partageant sa passion de manière pédagogique et didactique. « Une œuvre doit forcement passer par un choc, positif ou négatif, l’œil doit être interpellé. Si on comprend tout de suite ce que l’artiste a voulu dire, l’œuvre ne sert à rien ». Elle adore par exemple le culot du japonais Takashi Murakami, de l’univers du Manga. Son goût éclectique passe aussi bien par le pop art que par les grandes toiles du 18ème siècle.

Côté mondain, on reste simple mais fun. Les soirées qu’Arabelle organise chez elle sont à son image : à la fois classiques et modernes. Country musique à la sono, buffet iranien,  elle peut inviter jusqu'à 60 convives. « Mes amis sont toujours surpris par la variété de mes invites, c’est ce qui fait le charme et le succès de mes soirées. » Sans cultiver sa différence, Arabelle marie très bien l’art des contraires.

  

Cordelia Lanvin, une ambition à toute épreuve

 

Cordélia Lanvin bat tous les records. De jeunesse d’abord. A 23 ans, elle est déjà une femme épanouie. Son succès, elle le doit à son ambition exceptionnelle. Avide de connaissances, de rencontres et de réussite, elle grandi du bon côté de la Seine. Née Cordelia de Castellane, d’une mère décoratrice d’intérieur et d’un papa patron de Baccardi, elle voue un vrai culte à son père. « Il s’est fait tout seul, c’est mon héros, un véritable autodidacte » précise t-elle. Les success stories la fascinent, alors elle lâche ses études très tôt pour se lancer dans le monde impitoyable de la mode. Entre stages photocopieuse et petits boulots chez les grands couturiers, elle finit par habiller les actrices française pour Emmanuel Ungaro. Elle côtoie alors Sophie Marceau ou Emmanuelle Béart, sans perdre la tête pour autant. « Je ne suis pas impressionnée par les célébrités, un scientifique ou un homme d’affaire exceptionnel auront plus d’effet sur moi.»

Avec la naissance des ses deux fils, elle met en place un nouveau concept. « Les enfants grandissent trop vite pour dépenser des fortunes en T-shirt ou barbotière » dit-elle ; Elle crée  alors Douce, vendue exclusivement à domicile :  une ligne de vêtements pour enfants, stylés, à moins de 30 euros. Et ça marche. Elle fabrique en Inde dans une usine dédiée, et dessine 3 collections par an.

Cordélia n’a pas peur des mots. Franche, directe, elle n’hésite pas à assumer son statut de mondaine. Les sorties, les avions, les soirées, elle aime bien ça, mais toujours dans l’objectif d’avancer pour réussir. « Je veux aller très loin, en travaillant très dur ». Très loin au sens propre et au figuré puisqu’elle envisage très sérieusement de délaisser le Paris qu’elle adore, pour un pays plus clement.

 

 

 

 

Sarah Besnainou, la famille et les amis d’abord

 

 

 

Même si Sarah Besnainou baigne dans le luxe de part son métier, c’est le mot valeurs qui revient le plus souvent dans ses phrases. Directrice de communication pour Baby Dior, elle est à 22 ans une jeune femme qui presque candide, qui s’émerveille de tout. De ses parents juifs tunisiens, elle a hérité la chaleur et la joie de vivre. Pierre, son père a fait fortune en surfant sur la bulle Internet avec Liberty Surf. Sarah, elle, voyage depuis toute petite en rêvant de l’univers du luxe, tout en gardant un ancrage solide.

Fidèle en amitié, elle privilégié les petits moments inattendu mais simple de la vie. D’un événement grandiose à Venise, avec entrée en Gondole et visite de palais, elle retient le dîner très tardif composé de pain, beurre et mozzarella. A chaque illumination de la Tour Eiffel, elle reste ébahi par les flashs incessant de la dame de fer parisienne. Souriante, elle observe avec détachement ces célébrités qui composent les afters des soirées animées de la capitale. Prendre un verre à La Suite avec Lenny Kravitz, ou terminer une soirée entre « amis » avec Eve ou Naomi Campbell, rien ne l’impressionne. Ses vraies valeurs sont ailleurs .

Diplômée de l’American University à Paris, puis d’une école de diamantaire, elle est très à l’aise dans l’univers du luxe. La joaillerie en particulier. Elle admire ainsi le travail de Victoire de Castellane. « Je ne suis jamais blasée face à la beauté » dit-elle. Pas de futilité pour cette demoiselle qui vit encore chez ses parents. Et qui, à ses heures perdues, envisage de  s’investir dans le caritatif. Particulièrement au Proche Orient, pour lequel elle a une attache très particulière. Pas si baby que ça mademoiselle Sarah.

 

 

Sophie Douzal-Sarkozy, le cépage de la communication

 

 

« Heureux qui communique », telle est la devise de Sophie Douzal-Sarkozy. Directrice d’un important  bureau de presse, belle soeur d’un ministre en vue,  elle est aussi la fille du propriétaire d’un grand cru de Bourgogne, l’Auxey Duresses,  son pere étant passé maitre dans l’art de marier  différents ingrédients pour réussir le bon nectar. Sophie elle se compose d’épices argentins pour la fête et la bonne humeur, et de racines française pour le bon goût et l’héritage familial. Et si elle vient de la campagne, c’est en ville qu’elle se sent le plus à l’aise. Organiser  des soirées pour ses amies ou ses clients, lancer un événement pour le monde du luxe, elle est la spécialiste des  fêtes réussies. Pas très studieuse en classe, plutôt dissipée même, elle décroche tout de même son Bac et intègre l’Efap, l’école française d’attaché de Presse avant d’en être remerciée. Elle se ballade alors de stages en petits boulots auprès d’agences avant de créer son propre bureau . Grâce au soutien de son premier client, le joaillier Mauboussin, elle ouvre avec son associé le bureau de presse Douzal-Sauvage. Berluti, le Plazza Athénée, le parfumeur très en vogue Frédérique Malle, tous lui font confiance. A la rentrée, elle prévoit de braquer les projecteurs sur le Pavillon des antiquaires. Communicante le jour, elle remet ses habits de maman le reste du temps pour s’occuper de ses deux enfants, Arpad et Anastasia. Son mariage avec le frère du ministre le plus en vogue du moment n’a rien change à ses priorités. Mais elle apprécie que Nicolas soit  aussi célèbre, son nom devenant tout de suite plus facile à porter. Et si par hasard cela venait à changer, Sophie trouverait toujours un moyen de positiver, en com-mu-ni-quant.

 

 

 

David Benaym

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