Anniversaire de l'assassinat de Kennedy :

L'angle de vue des médias américains (21/11/2003)

CORRESPONDANT PARTICULIER A NEW YORK,

DAVID BENAYM

 

La décapotable présidentielle roule au pas dans les rues de Dallas, on entends des bruits de balles, la camera balbutie, à droite, à gauche, puis suit de nouveau le cortège, la voiture accélère, un vent de panique s’installe, la foule fuit la route principale. Ces images ont été vues et revues dans le monde entier à une rapidité éclair à l’époque des faits. Avant cet événement, les retransmissions télévisées à grande échelle étaient millimétrées, comme pour le couronnement de la Reine Elisabeth II en 1952. L’impact de la mort de JFK fut mondial, et c’est aussi une nouvelle ère journalistique qui commence ce 22 novembre 1963.

 

Aujourd’hui, 40 ans après, l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy remue toujours. La presse américaine se souvient de ce jour comme l’un des plus traumatique du pays. Les comparaisons avec le 11 septembre 2001 sont nombreuses en terme d’impact émotionnel. Les quotidiens les plus populaires retracent la journée de sa mort minute par minute, comme un film que l’on déroule pour mieux digérer l’événement. Certains interrogent les seniors qui se souviennent  de ce qu’ils faisaient en apprenant la mort de leur président, et chacun y va de son anecdote, de son souvenir inoubliable. Personnalités politiques, acteurs, journalistes, tout ce petit monde se bouscule sur les plateaux de télévision pour raconter sa petite histoire personnelle.

 

Tabloïds locaux, émissions racoleuses, magazines spécialisés, beaucoup  continuent de parler de JFK uniquement à travers le jour de sa mort. Même une chaîne respectable comme ABC fait une émission spéciale de deux heures sur de nouveaux éléments confortant l’idée de la conspiration derrière la version officielle de la commission Warren (du nom du procureur en charge de l’enquête à l’époque). Peter Jennings, l’une des stars du petit écran, présentateur du journal du soir promet une investigation réunissant plus de 70 interviews, des images d’exceptions pour un prime time à forte audience.

 

Le très réputé mensuel Life a ressorti une réimpression du magazine sorti en novembre 1962 en hommage à Kennedy. La théorie de la conspiration mise en scène par Oliver Stone en 1991 dans son « JFK » primé aux Oscars refait surface sur les chaînes cinéma et dans les bacs des supermarchés en version DVD remasterisé.

 

Pourtant, d’autres chaînes de télévision comme CBS ou NBC commencent un travail d’inventaire sur la vie de Kennedy. The History Channel fait une campagne de publicité énorme sur son documentaire de trois heures diffusé tout au long de ce que la chaîne appelle « la semaine Kennedy ». Son argumentaire est explicite : « Par quatre fois en juste trois ans l’Amérique a faillie entrer en Guerre avec l’Union Soviétique, et a trois reprises l’administration Kennedy aurait pu envoyer l’armée dans des Etats du sud des Etats-Unis pour protéger les droits civils des citoyens noirs. » La chaîne du câble tente à sa manière de perpétuer son devoir de mémoire face à une couverture médiatique souvent trop orienté sur la mort de l’homme plutôt que sur son rôle politique.

 

Ben Bradley, journaliste à Newsweek pendant le mandat de JFK, puis Rédacteur en Chef au Washington Post  lors de l’affaire du Watergate, signe un reportage sur le premier « TV President ». Il analyse avec finesse le rôle de la télé et de la presse tout au long de la carrière politique de JFK. Comme De Gaulle a su dompter les medias en France, Kennedy semble être le premier à avoir fait de ses interventions télévisées des minis événements. Son style décontracté, son sourire hollywoodien, sa jeunesse et sa tactique politique ont  su faire la différence. Aujourd’hui, l’Amérique médiatique le lui rend bien. Et il semble que la recette fonctionne toujours.

D.B.

© La Dernière Heure 2003

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