JACKSON : L'AUTOCENSURE GENERALISEE (2/12/2003)
CORRESPONDANT PARTICULIER A NEW YORK,

DAVID BENAYM

Bad. C’est le sentiment général qui se dégage lorsque le nom de Michael Jackson est évoqué ces dernières semaines. Depuis que le roi de la pop est accusé d’agression sexuelle sur mineur, seules les images de son arrestation passent en boucle dans les médias américains. Ses chansons, sa musique, ses concerts, ses œuvres de charités, toutes ses activités sont généralement censurées.

 

En 3 semaines, Thriller, Billy Jean, Heal the World, tous les standards de Jackson ont disparu de la programmation des radios locales et musicales. Les clips vidéo tant appréciés d’habitude pour leur qualité artistique sur MTV ou VH1, les chaînes musicales américaines, servent désormais à illustrer les reportages des chaînes d’info et des documentaires spéciaux consacrés à la vie controversée d’un chanteur adoré ou détesté.

 

Si les tubes ont disparu des radios, les meddley « années 80 » qui ravissent tant les clubbers nostalgiques n’incluent plus les hits de Jackson. Entre Prince et Madonna se retrouvent en général les mélodies endiablées de la mégastar. Dans les boites de nuit, personne ne fait même attention à l’absence de ses chansons. Le DJ de l’une des plus grandes boites de NY, le Roxi, admet que personne ne lui a demandé de ne pas inclure Michael Jackson dans ses mixes. Il se justifie en clamant que « la morale » lui avait dicté d’effectuer une sorte d’autocensure.

 

Le Brooklyn Dinner, l’un des restaurant les plus populaire de Manhattan passe depuis des années les mêmes disques en boucle. « La clientèle ne vient pas manger chez nous pour se souvenirs qu’une star déchue passe son temps à agresser sexuellement des enfants » se défend Mike, en charge de la programmation musicale de l’établissement. Depuis deux semaines, Mike à la main lourde sur le titre ABC des Jackson Five qui passe d’habitude à l’heure du déjeuner.

 

Jeudi dernier, l’autocensure est devenu plus officielle lors de la parade annuelle qui se déroule sur Broadway pour célébrer Thanksgiving, la fête familiale la plus populaire des Etats-Unis. Ballons gonflées à l’hélium à l’effigie de personnages de dessins animés, majorettes, fanfares, collégiens en uniforme… le défilé sélectionne avec beaucoup d’attention les morceaux musicaux joués durant la parade. L’école Bloomington qui devait marcher au rythme de « Thriller » n’a voulu prendre aucun risque. Thomas Wilson, le manager de la fanfare déclarait dans le New York Times que « ce ne serait pas approprie pour la morale et les idéaux que représente Thanksgiving de jouer en ce moment un titre de Michael Jackson ».

 

Les grandes chaînes de magasin aussi opèrent un boycotte à peine masqué. Le Virgin Mégastore d’Union Square, temple de la musique au cœur d’un quartier dédié au divertissement a retiré de ses têtes de gondoles les albums du chanteur. Son dernier titre « Number One » n’apparaît pas comme prévu dans les catalogues de promotion des fêtes de fin d’année. En pleine période d’achat pour Noël, l’absence de publicité pour son dernier disque a eu pour conséquence de le reléguer en treizième place du top 50 alors que Michael Jackson se retrouve habituellement dans le top 3 des meilleures ventes de CD.

 

Certaines émissions de télé-achat qui n’ont pas les moyens de changer leur programmation à la dernière minute continuent de passer, la nuit, des programmes en boucle mettant en vente produits dérivés, compilations de disques ou autres objets à l’effigie de Jackson. Mais lorsque l’on demande aux téléopératrices si les spectateurs continuent d’acheter, elles admettent que les ventes se sont effondrées depuis le début de l’affaire.

 

One More Chance, son dernier titre, prémonitoire ou hasard de l’actualité ? C’est tout ce que demande apparemment Michael Jackson pour sa crédibilité. Une dernière chance.


D.B.

© La Dernière Heure 2003

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