Boston danse avec les Démocrates (30/07/2004)

CORRESPONDANTS PARTICULIERS AUX ETATS-UNIS,

DAVID BENAYM et BENJAMIN COHEN

Ici, à Boston, en Nouvelle-Angleterre, on est plus habitué au costume-cravate façon Harvard qu'aux tee-shirts affublés de propagande politique.

Pourtant, depuis une semaine, les slogans s'affichent à tous les coins de rue, «Kerry-Edwards pour une Amérique plus forte», «Les syndicats pour Kerry», «Il faut virer Bush»... Cafés, restaurants, boutiques en tout genre se sont parées pour l'occasion. Prospectus, badges et autocollants sont distribués aux passants déjà majoritairement favorables à une nouvelle tête à la Maison-Blanche.

Aux abords du Fleet Center, le coeur de la tribune politique, les protestataires les plus extrêmes se retrouvent dans 200 m2 pour lâcher leur venin contre certaines franges de la population américaine. Les plus bruyants sont ceux qui comparent les démocrates à des fags, insulte suprême pour désigner la population homosexuelle. Au nom de l'article premier de la Constitution, ces manifestants peuvent dire ce qu'ils veulent dans cet enclos surprotégé.
 

Une fois passé la sécurité pour pénétrer dans l'antre de la convention, c'est l'ébullition. Les 5.000 délégués venus des cinquante Etats pour soutenir la candidature de John Kerry s'en donnent à coeur joie. Déguisés aux couleurs du drapeau américain, chapeaux, lunettes clownesques, rien n'est assez ridicule pour marquer son soutien.
 

Peggy, venue tout droit d'Ohio, est aux premières loges. Active au sein de son syndicat, cette femme d'une cinquantaine d'années dit «soutenir le plan économique et la liberté d'expression». Elle vient à Boston pour «apprendre et s'éduquer afin de convaincre tout le monde de voter pour Kerry» dès son retour à New Philadelphia.
 

Politique et virée
 

Plus loin, au milieu de la foule en liesse, on aperçoit Jessy, 19 ans, look baba cool, flanquée d'un autocollant antiguerre sur le bras. Déchaînée, elle profite de chaque pause musicale entre deux tribunes pour danser avec ses voisins. La jeune militante de Seattle fait partie d'une délégation de l'Etat de Washington. «C'est génial d'être au centre de la campagne, s'écrie-t-elle. On fait la fête toute la nuit et le lendemain, il faut être d'aplomb pour les débats politiques et écouter les discours. Pas évident, mais excitant.»
 

Car ici, quand les projecteurs officiels de la convention s'éteignent, les spots des soirées de soutien prennent le relais. Ce soir, Jessy propose de laisser de côté une fête Sex and Politics pour rejoindre La Nuit portoricaine pour Kerry, dans un club du sud de la ville. Là encore, la même ferveur. On s'échange ses cartes de visite tout en discutant des différents intervenants de la soirée, sans rater une occasion de trinquer au succès des démocrates.
 

La passion politique de ces militants ferait presque oublier que la convention est avant tout un grand show médiatique. Aux alentours du dôme central, on ne compte plus les caméras et les micros qui donnent à la ville des allures de Festival de Cannes. 15.000 journalistes ont fait le déplacement pour couvrir l'événement. En plus des icônes politiques, les stars du petit et du grand écran comme Ben Affleck ou Michael Moore montent les marches de la convention. Boston et ses partisans démocrates savourent leurs heures de gloire en espérant que le 2 novembre prochain, jour de l'élection, leur candidat sera fêté par le pays tout entier.

D. B. - B.C.
 

© La Dernière Heure 2004 

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